EUSTACHE DU CAURROY

Il fut baptisé à Beauvais le 4 février 1549 et, comme pour beaucoup d'artistes de l'époque, on sait peu de choses sur ses premières années. Il a treize ans quand commencent les Guerres de Religion. Est-ce à ce moment qu'il se destine à une carrière ecclésiastique? Peut-être, depuis quelques années chante-t-il dans un choeur d'église. puisque c'est comme chanteur - haute-contre - qu'il entrera dans la Chapelle d'Henri III, en 1575. Il a alors 26 ans. Il s'affirme déjà, puisque trois ans plus tard il est nommé sous-maître de cette même Chapelle, ayant charge en particulier des enfants.

Cette Chapelle, (on dirait aujourd'hui le «Choeur»), réorganisée d'abord par François Ier en 1543, comptait deux groupes. Le premier, nommé Chapelle de Plain Chant ou Oratoire, comprenait 12 chantres appelés à chanter à la Cour, tous les jours, les sept heures canoniales. Le deuxième groupe, appelé Chapelle de Musique, (où se retrouvera Du Caurroy), comptait au moins 32 chanteurs, plus un organiste et deux joueurs de cornet. La Chapelle suivait le Roi dans tous ses déplacements: du Louvre à St-Germain-en-Laye, à Fontainebleau, à St-Germain-l'Auxerrois. La Chapelle augmentera en nombre jusqu'en 1586, alors qu'elle comptera 72 membres. Puis, pour des raisons d'économie (on est quasiment en pleine guerre civile!) sera réduite à 51 musiciens, dont une vingtaine d'enfants placés sous la direction du sous-maître Du Caurroy.

La Chapelle se déplaçait aussi quand le Roi visitait telle ou telle église. Quand c'était à la prestigieuse cathédrale Notre-Dame, la rivalité éclatait entre la Chapelle et la chorale «indigène»: qui chanterait les Vêpres devant le Roi? Celui-ci trancha: les Vêpres seraient chantés à deux choeurs, mais la Chapelle commencerait. C'est peut-être l'origine des psaumes ou motets à double choeur de Du Caurroy. Certaines de ces manifestations pouvaient donc regrouper plus de cent choristes, comme ce fut le cas en quelques occasions précises, dont lors du baptême du Dauphin en 1606.

Comme sous-maître, Du Caurroy était bien rémunéré. Ses émoluments augmentèrent graduellement, surtout après qu'il fut nommé Compositeur de la Chambre et de la Chapelle du Roy, un poste créé spécialement pour lui. Le Roi lui assure alors les revenus de divers canonicats et prieurés, où bien sûr, selon l'usage du temps, il n'a absolument pas besoin de résider.

Tout ce temps, Du Caurroy écrit: musique chorale, surtout, pour alimenter les obligations de la Chapelle; mais aussi musique d'orgue et musique pour violes, où il excelle dans l'élaboration du contrepoint sur une ligne mélodique appelée Cantus firmus. Cette forme musicale eut une influence certaine sur deux «spécialistes» du genre, précurseurs de Bach: Pachelbel et Buxtehude. Son Te Deum à 6 voix fut chanté pour le sacre d'Henri IV à Chartres (27 février 1594) et son Requiem, achevé l'année-même de sa mort, fut interprété pour les funérailles d'Henri IV, l'année suivante, et fut, par la suite, réservé aux funérailles royales jusqu'à la Révolution française.

Il publia peu, de son vivant et seules trois de ses Chansons se retrouvèrent dans une sorte d'anthologie, en 1583, ou figurait surtout Roland de Lassus. Quelques années avant sa mort, il monnaya certaines de ses sources de revenus afin, semble-t-il, de préparer la publication de ses PRECES ECCLESIASTICÆ. Cet ouvrage monumental, en deux volumes, comprend plusieurs psaumes, des hymnes, motets et autres chants liturgiques, en plusieurs parties (six parties pour le Psaume In exitu), à 4, 5, 6 et même 7 voix. Certains sont à deux choeurs. Les PRECES furent publiés chez Ballard en 1610.

Eustache Du Caurroy meurt à Paris le 7 août 1609 et il est enseveli, le lendemain, à l'église des Grands-Augustins.

On peut se demander pourquoi l'oeuvre sacrée de Du Caurroy n'est pas aussi connue que celle de son illustre contemporain, Palestrina. On pourrait trouver un début d'explication dans le Motu proprio sur la musique sacrée, promulgué par le Pape Pie X en 1904, et où est signalé, comme exemple suprême de la « vraie » polyphonie, la musique de ... Palestrina : le compositeur, bien sûr, avait imprimé sa marque à St-Pierre de Rome, où il avait été directeur de la musique pendant presque un demi siècle (1551-1594). Les éditeurs se sont donc empressés de publier l'oeuvre de Palestrina et de le rendre accessible. Ce qui ne fut pas le cas pour Du Caurroy, dont même le matériel de l'édition Ballard de 1610 est difficile à repérer.

Nous ne prétendons pas placer Du Caurroy devant Palestrina - mais pas derrière non plus ! En 1994, à l'occasion du quatre-centième anniversaire de la mort de Palestrina, le Choeur St-Germain a inscrit pas moins de 14 messes de Palestrina à son répertoire. Nous l'avons donc côtoyé de près. Et maintenant, pour nous pencher, depuis plusieurs mois, sur les PRECES ECCLESIASTICÆ, nous pouvons établir des parallèles dont ne sort nullement amoindri FRANÇOIS-EUSTACHE DU CAURROY.