LA RENAISSANCE

La Renaissance est une période fascinante, avec ses grandeurs, son faste, ses extravagances; avec aussi ses misères qu'on ne pourrait imaginer si elles n'étaient pas aussi bien documentées.

Restons en France, puisque c'est là qu'a vécu notre personnage.

De 1562 à 1598, le pays est secoué par pas moins sept guerres de religion! Simples escarmouches verbales, au début, qui dégénèrent vite en empoignades plus costaudes, pour atteindre un point culminant en la nuit du 23 au 24 août 1572, alors que 3 000 huguenots à Paris (qui, à l'époque, compte environ 300 000 habitants), et près de 7 000 en province, sont massacrés. On tranche la tête à l'amiral Coligny et on l'expédie à Rome, au Pape Grégoire XIII qui, ne se tenant plus de joie, fait frapper une médaille commémorative! Cauchemar, mauvais rêve? On se console avec Péguy (que nous citons très approximativement) qui remarquait «la preuve que l'église est d'essence divine, c'est que ses prêtres n'ont pas réussi à la tuer». On se rassure aussi en pensant que ce siècle de violence est également celui d'Ignace de Loyola, de Vincent de Paul et du doux François de Sales...

On doit faire un réel effort d'imagination pour se représenter la vie dans ces années tumultueuses, alors que les Catholiques combinent des alliances avec les Espagnols contre le Roi de France et que les Protestants font le même manège et se trouvent des complices du côté de l'Angleterre.

C'est dans un tel climat que vivent les artistes de la Renaissance!

Et Ronsard, douze ans avant la nuit de la St-Barthélemy, déjà s'écrie:
«Ne prêche plus en France une Évangile armée
Un Christ empistolé tout noirci de fumée
Qui comme un Mahomet va portant en la main
Un large coutelas rouge de sang humain».

Arrive enfin Henri IV, dont la légende fera «Le Bon Roi Henri».

Après avoir assiégé Paris et connu les foudres papales de l'excommunication, il abjure sa foi protestante en disant que «Paris vaut bien une messe» - boutade moins cynique qu'elle en a l'air et qui est plutôt le fait d'un vrai politique. Ce revirement radical apportera enfin la paix à la France. Il faut peut-être souligner qu'il y avait une foi réelle et sincère chez bon nombre de calvinistes d'une part et de catholiques d'autre part. Des musiciens comme Goudimel et Louis Bourgeois avaient consacré l'essentiel de leur travail à la mise en musique des textes français des psaumes. De Louis Bourgeois, nous utilisons, encore aujourd'hui, le psaume «Nous chanterons pour toi, Seigneur», que les protestants conservent sous le titre «Old One Hundreth».

Mais le problème essentiel en était un de politique et de pouvoir. En 1555, la Paix d'Augsbourg avait voulu régler le cas des religions avec le principe «Cujus regio, ejus religio», i.e. là où tu vis, tu adoptes la religion en vigueur - c'est-à-dire celle du Prince... Or, les calvinistes français, appelés Huguenots (par déformation d'un mot allemand désignant les confédérés suisses), étaient très nombreux en France. Non pas concentrés en quelque région précise, mais très bien disséminés sur l'ensemble du territoire. Si le principe du Cujus regio pouvait s'appliquer en Angleterre, en Suisse, ou dans l'une ou l'autre de la myriade de petites principautés allemandes, il causait plus de problèmes qu'il n'en réglait en France, alors que les Rois cherchaient à consolider un unité nationale encore bien fragile. Il fallait uniformiser à tout prix et le bon peuple devait suivre. (C'est le même principe Cujus regio qui amena plus tard Louis XIV a révoquer l'Édit de Nantes).

Alors, les religions devinrent de vrais partis politiques!